MAG+ : Malandain revêt l’habit vert

Retrouvez dans cette page, la suite du reportage consacré à Thierry Malandain. Biarritz Magazine N°322 - mai 2022

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Le fondateur, directeur et chorégraphe du CCN Malandain Ballet Biarritz a été officiellement installé à l’Académie des beaux-arts le 6 avril dernier par son confrère Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel et membre de la section de composition musicale.

Thierry Malandain revêt l’habit vert

Thierry Malandain avait été élu le 24 avril 2019 membre de la section de chorégraphie de l’Académie des beaux-arts, notamment composée de Blanca Li, Angelin Preljocaj et Carolyn Carlson. Le chorégraphe néerlandais Jiří Kylián est pour sa part membre associé étranger de l’Académie.

À l’issue de la séance d’installation qui s’est tenue le 6 avril dernier sous la coupole du palais de l’Institut de France, en présence du maire de Biarritz Maider Arosteguy, Catherine Pégard, présidente du conseil d’administration du Centre Chorégraphique National (CCN) Malandain Ballet Biarritz, a remis son épée d’académicien à Thierry Malandain.

 

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L’Académie des beaux-arts, ainsi dénommée depuis 1816, est l’une des cinq académies qui forment l'Institut de France avec l'Académie française, l'Académie des Sciences, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et l'Académie des Sciences morales et politiques. L’Académie des beaux-arts

Une épée en hommage au Pays basque

Incarnant le lien entre l’homme et la terre, entre le haut et le bas, le bâton est autant l’attribut du commandement que celui du pèlerin en recherche. En choisissant comme « épée » le bâton dont les maîtres de ballet se servaient pour marteler la mesure sur le plancher, Thierry Malandain en rappelle l’histoire, l’usage et le sens.

Pour la fabrication de ce bâton, le nouvel académicien a fait appel au savoir-faire d’Origine Ateliers et à la créativité de Stéphanie Porsain et Florent Tremolos, deux artisans-joailliers biarrots passés par les plus grandes maisons et dont l’atelier est situé à proximité des studios de la Gare du Midi. C’est un bois pour makila qui s’est imposé comme une évidence. La branche de Néflier Germanica, écorcée, redressée et vieillie selon la tradition a été choisie par Stéphanie Porsain et Florent Tremolos à Larressore, dans la réserve de l’atelier Ainciart Bergara, fabricant artisanal de makilas depuis le XVIIIe siècle au Pays basque. Sublimant les stigmates de la souffrance qu’endure parfois le corps du danseur, il compte presque autant de nœuds que de ballets réglés par Thierry Malandain.

Le pommeau en argent est orné d’une coquille d’escargot. Liée au mouvement et au temps, sa spirale symbolise la renaissance et le retour de la danse au sein du cortège des Arts. Sur la garde du bâton, Thierry Malandain a souhaité que soient gravés des rameaux d’olivier suivant la tradition académique et, en référence aux 13 « académistes » nommés par Louis XIV lors de l’institution de l’Académie royale de danse en 1661, les noms de 13 chorégraphes connus ou oubliés. Au bas du bâton, gravé sur l’argent d’après un dessin de Pascal Maire, artiste landais, un vol d’oiseaux rappelle que pour le commun des êtres humains, l’ambition est de s’élever corps et âme. Enfin, le fourreau confectionné par Karine Prins, régisseuse costumes de la compagnie biarrote, est réalisé dans les chutes de tissus de plusieurs ballets.

 

Un habit très vert d’académicien

Thierry Malandain a souhaité confier la confection de son habit vert d’académicien à l’Atelier Renaissance, association à but non lucratif dirigée par Philippe Guilet, tailleur apiéceur, qui fit ses classes au Cadre Noir de Saumur, puis auprès de Jean-Paul Gaultier, Thierry Mugler et Karl Lagerfeld.

Cette association fondée en 2017, installée dans un atelier situé dans un quartier d’habitat social de Villejuif, en Ile-de-France, a un engagement créatif mais aussi environnemental et social. Elle réutilise des vêtements pour les faire renaître, leur donner une nouvelle vitalité et une nouvelle histoire, tout en faisant en sorte d’offrir un projet d’insertion à celles et ceux qui travaillent à l’Atelier Renaissance. Ces valeurs de respect de l’environnement, du goût du bel ouvrage et de solidarité animent aussi Thierry Malandain et son équipe à Biarritz.

Philippe Guilet a donc proposé au chorégraphe de redonner vie à l’habit porté par l’académicien Jean Carzou (1907-2000), peintre et décorateur de plusieurs ballets dont Le Loup (1953) de Henri Dutilleux et Roland Petit. Avec l’accord de la famille de l’artiste, un travail de déconstruction et de recréation a été mené par les jeunes artisans-couturiers en apprentissage pour l’habit que Thierry Malandain portait le 6 avril sous la coupole.

Fidélité et proximité avec les publics

Thierry Malandain est né au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) en 1959. Ayant découvert le ballet devant la télévision, il étudie la danse classique auprès de Monique Le Dily, René Bon, Daniel Franck, Gilbert Mayer ou encore Raymond Franchetti. De 1977 à 1986, il sera successivement danseur à l’Opéra de Paris, au Ballet du Rhin puis au Ballet-Théâtre Français de Nancy. Plusieurs fois lauréat de concours chorégraphiques, il met un terme à sa carrière de danseur pour fonder avec huit camarades la Compagnie Temps Présent qui s’installe en banlieue parisienne à Élancourt, puis en 1991 en qualité de « compagnie associée » à l’Esplanade Saint-Etienne Opéra.

En 1998, le ministère de la Culture et la Ville de Biarritz lui proposent de fonder le premier Centre Chorégraphique National (CCN) de style néo-classique, le CCN Malandain Ballet Biarritz.

Depuis 30 ans, Thierry Malandain a créé plus de quatre-vingts chorégraphies dans une esthétique qualifiée de néo-classique : « ma culture est celle du ballet classique et sans complexe, j’y demeure attaché, explique-t-il. Car si je reconnais volontiers que ses codes artistiques et sociaux sont d’une autre époque, je pense aussi que cette matière héritée de quatre siècles d’histoire donne au danseur des ressources inestimables. Alors je m’amuse avec elle, devenant classique pour les uns, contemporain pour les autres, en quête simplement d’une danse que j’aime. Une danse qui ne laisserait pas seulement la trace du plaisir, mais qui renouerait avec l’essence du sacré comme une réponse à la difficulté d’être ».

Ce parti pris créatif singulier a amené sa compagnie à être souvent accueillie à ses débuts hors de l’Hexagone, avant de devenir depuis une dizaine d’années, une des compagnies françaises les plus en vue en France et à l’international.

« Historien » de la danse

La médiation et l’éducation artistique et culturelle lui sont essentielles. Sa troupe entretient une relation de fidélité et de proximité avec les publics, en particulier les jeunes, et s’est solidement ancrée dans le territoire transfrontalier basque.

Pour soutenir l’émergence de nouveaux talents, avec l’Opéra National de Bordeaux et l’Opéra National du Rhin, Thierry Malandain fonde en 2016 un concours de jeunes chorégraphes de ballets dont les lauréats connaissent aujourd’hui de beaux parcours. La prochaine édition se déroulera le 17 juillet à Biarritz. 

Directeur artistique du festival le Temps d’Aimer la danse depuis 2009 à Biarritz, sa programmation affiche un éclectisme volontariste avec chaque année, nombre d’expressions internationales allant de ballets classiques à des propositions contemporaines, traditionnelles ou urbaines...https://letempsdaimer.com/

Passionné par l’histoire de la danse, il écrit depuis vingt ans des articles de fond mettant en lumière un passé chorégraphique, riche et insoupçonné, celui de la France avant l’arrivée des Ballets russes. Il réhabilite aussi la place des femmes chorégraphes en montrant leur rôle de premier plan et leur apport à l’évolution de la danse.

La transmission et l’émergence sont au cœur des préoccupations de Thierry Malandain et seront un axe essentiel de son travail à l’Académie, tout comme son vœu de voir élargie la pratique de la danse pour tous et de l’intégrer aux disciplines scolaires.

Thierry Malandain est Officier dans l’Ordre national des arts et des lettres.

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Dernière mise à jour le 02 mai 2022