Ecoalf, ou le pari d’une industrie textile responsable à grande échelle

Economie/Commerce

À l’heure où l’industrie textile est sommée de se transformer en profondeur, Ecoalf trace une voie singulière : concilier production industrielle, innovation et exigence environnementale. L’ouverture de sa boutique à Biarritz en 2025 n’est pas anodine. Ville tournée vers l’océan, territoire sensible aux enjeux climatiques et culture de l’engagement, Biarritz incarne parfaitement la vision portée par la marque. Rencontre avec Carolina Alvarez-Ossorio, CMO d’Ecoalf.

Ecoalf est aujourd’hui reconnue pour son engagement écologique tout en produisant à grande échelle. Comment parvenez-vous à concilier ces deux dimensions souvent perçues comme incompatibles ?

Ecoalf est née en 2009 avec une vision très claire : arrêter d’utiliser les ressources naturelles de manière indiscriminée. Notre mission a toujours été de créer une nouvelle génération de produits innovants et recyclés, avec la même qualité que les produits non recyclés. Quinze ans plus tard, cette vision est restée intacte. Elle guide chacune de nos décisions. Chez Ecoalf, la durabilité n’est pas un département à part : c’est notre ADN. Grandir ne signifie pas renoncer à nos valeurs. Au contraire, cela signifie appliquer cette vision à une plus grande échelle, pour générer un impact positif encore plus fort.

Vous avez ouvert une boutique à Biarritz. Pourquoi avoir choisi cette ville pour renforcer votre présence en France ?

Biarritz nous inspire depuis longtemps. Nous rêvions d’y ouvrir une boutique. La ville entretient un lien très fort avec l’océan, et cette relation est au cœur de l’ADN d’Ecoalf, notamment à travers notre projet Upcycling the Oceans. La communauté locale (surfeurs, artistes, créatifs) partage nos valeurs et ce respect profond pour la mer. Biarritz est une ville qui vit avec l’océan, qui le pratique au quotidien et qui comprend la nécessité de le protéger. Ouvrir ici avait donc beaucoup de sens pour nous.

Cette ouverture s’inscrit aussi dans la continuité de notre développement dans le nord de l’Espagne, à Bilbao et San Sebastián, et plus largement dans notre croissance internationale. À Biarritz, au 14 avenue de l’Impératrice, nous présentons nos collections homme et femme, aujourd’hui composées à 70 % de produits mono-matériaux, ce qui nous a permis d’économiser plus de 173 millions de litres d’eau grâce à nos tissus et procédés.

Produire de manière responsable implique des choix forts sur les matières premières, la logistique, les partenaires. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Là où d’autres voient des déchets, nous voyons des opportunités. Tout commence par la matière première. Nous avons développé plus de 600 matériaux innovants, recyclés et à faible impact. Ensuite, nous travaillons avec un réseau mondial de partenaires, en produisant les vêtements le plus près possible de l’origine des matières pour éviter des transports inutiles. Cela implique des fournisseurs partout dans le monde, mais toujours certifiés et alignés avec nos standards environnementaux, sociaux et éthiques. Nous sommes certifiés B Corp depuis 2018, ce qui nous engage à progresser en permanence pour être une entreprise meilleure pour le monde. Il est essentiel pour nous d’aller au-delà des résultats financiers, de se demander quel impact nous laissons sur la planète, et quel monde nous construisons pour les générations futures.

La question des volumes est souvent sensible pour une marque durable. Comment accompagnez-vous la croissance sans compromettre vos engagements ?

L’innovation fait partie de notre ADN, au même titre que la durabilité et le design. Un bon exemple est le coton régénératif : plus il est utilisé, plus il régénère les sols grâce à ses méthodes de culture. L’an dernier, nous avons régénéré plus de 5 hectares de terres. Cette saison, nous avons dépassé les 143 hectares. La clé est là : innover au même rythme que la demande, sans jamais renoncer à nos engagements. Nous sommes convaincus que ce qui est bon pour la planète est aussi bon pour le business sur le long terme.

Ecoalf est aujourd’hui présente à l’international. En quoi cette dimension mondiale enrichit-elle votre approche de l’industrie responsable ?

Voir notre mission résonner auprès de personnes de cultures très différentes nous confirme que le respect de la planète est une préoccupation universelle. À Biarritz, où le lien à la mer est si direct, cette connexion est encore plus évidente. Depuis 2015, avec Upcycling the Oceans, nous collaborons avec plus de 4 200 pêcheurs en Espagne, en France, en Italie, en Grèce ou en Égypte. Ensemble, ils ont permis de récupérer plus de 2 000 tonnes de déchets des fonds marins. Notre ambition est d’étendre ce projet à l’ensemble du bassin méditerranéen.

Travaillez-vous avec des acteurs locaux à Biarritz ?

Oui, c’est essentiel pour nous. À Biarritz, nous avons collaboré avec des partenaires locaux pour l’aménagement de la boutique. Et à San Sebastián, nous sommes allés encore plus loin en créant notre première boutique mono-matériau, conçue uniquement à partir de papier et de carton issus de forêts gérées durablement dans la région. Nos boutiques sont des lieux d’expression de nos valeurs : innovation, design et durabilité.

Que souhaitez-vous transmettre à travers l’ouverture de la boutique de Biarritz ?

Nous voulons montrer qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre durabilité, design et qualité. Les trois peuvent coexister. La mode responsable ne doit pas rester un marché de niche : elle doit devenir un véritable art de vivre. Et cela passe aussi par la qualité des vêtements. Une pièce durable est avant tout une pièce bien conçue, faite pour durer. C’est là que commence la durabilité.
 

Dernière mise à jour le 02 février 2026